Page 37-64 du Livre « Cinquantenaire  Libération de Montauban et du Tarn et Garonne »

 Bir-Hakeim et les événements sanglants du 2 mai 1944 à Montpezat

Le 16 février 1943, le gouvernement de Vichy promulgue la loi n° 106 portant organisation du Service du travail obligatoire (S.T.O.).

C’est une véritable réquisition de la jeunesse française, contrainte à travailler en Allemagne ou dans les pays occupés, afin de fournir de la main-d’œuvre à l’industrie de guerre du Reich. Les réfractaires au S.T.O., dont le nombre grandit sans cesse, au fur et à mesure qu’on avance dans l’année 1943, seront reçus par les cadres organisés de la Résistance pour former les combattants du maquis. Leur patriotisme sera nourri par la présence des troupes d’occupation qui, depuis le 11 novembre 1942, ont envahi la zone libre, en riposte au débarquement allié en Afrique du Nord.
1943 est donc une période intensive d’organisation, de recrutement, de prospection de terrains de parachutage, de recherche de fermes-abris, de « planques » pour les hommes et pour les armes.

Les premiers maquis du Tarn-et-Garonne ont pris position au nord-est de Montauban, sur la partie méridionale du plateau calcaire qui constitue le causse de Limogne, et où la rivière Aveyron, dans la partie moyenne de son cours, occupe une vallée étroite, dominée par des falaises verticales, des roches dénudées, ce qui crée entre le lit sinueux des eaux et les espaces vides du plateau une dénivellation importante. C’est dans la vallée que se trouvent les points d’eau, la prospérité agricole en forme de polyculture, pourvoyeuse de ravitaillement, et aussi les voies de circulation importantes. C’est sur le plateau que vont s’étendre les terrains de parachutage, indispensables compléments de toute organisation qui doit collecter des équipements pour la lutte clandestine et recevoir même des messagers pour apprendre certaines techniques de combat.

A partir de mai 1943, se forment dans ce secteur de petits maquis de réfractaires au S.T.O. Ils sont à l’origine de 4 maquis de combat :

– le maquis F.T.R Louis-Sabatié créé en juillet 1943. Il s’appelait à l’origine : « réduit Mocquet », du nom d’un jeune communiste pris comme otage et fusillé par les Allemands à l’âge de 17 ans à Châteaubriant en Loire-Atlantique, en 1941. Il est devenu le maquis Louis-Sabatié, en l’honneur du jeune résistant montalbanais, chef de la phalange antinazi, fusillé par arrêt de la Cour martiale de Toulouse le 17 février 1944, à l’âge de 19 ans. Localisé d’abord sur le plateau de Vinchet, au sud-ouest de Saint-Antonin, son point principal d’implantation se situe à « Vidal », entre Saint-Antonin et Caylus. A son effectif, était joint le groupe M.O.I. (Mouvement ouvrier international) regroupant des étrangers, essentiellement des Espagnols, et 3 maquis de l’armée secrète :

•    le maquis d’Ornano (étudié plus loin) ;

•    le maquis d’Arnaud, en souvenir d’un jeune étudiant, fusillé à Lyon par les Allemands, localisé à la ferme de Trégan au sud de Montricoux ;

•    le maquis Bir-Hakeim, en souvenir du combat acharné qui fut livré à ce point d’eau du désert de Lybie, entre des forces françaises commandées par le général Kœnig et des forces italo-allemandes de « l’Africa-Korps ». Ce maquis est localisé à l’origine à la ferme de Vieille, entre Caussade et Caylus.

Ces 3 maquis de combat vont s’intégrer en juin 1944 dans les compagnies de l’armée secrète qui les ont patronnés et organisés pour la lutte armée :

•    le maquis d’Ornano passera dans la 4e compagnie A.S. ;

•    le maquis Bir-Hakeim dans la 7e;

•    le maquis d’Arnaud dans la 6e.
Ces unités seront alors localisées :

•    dans le secteur nord-est, en lisière du Tarn-et-Garonne et du Lot, à « Pech Sec » et « Pech Vert », pour les 4e et 7e compagnies, avec une section de la 8e ;

•    dans le secteur est, à Cabertat, entre Nègrepelisse et Monclar, pour la 6e.

Les Forces françaises de l’intérieur ont été considérées, dans le Tarn-et-Garonne comme ailleurs, et avec la même âpreté « comme des soldats sans uniforme, réputés illégaux, traités de terroristes, exclus en tant que combattants clandestins des conventions de Genève visant à protéger les prisonniers des armées régulières ». L’exécution des prisonniers s’est effectivement accompagnée, ici et là, des pires supplices.

La connivence active ou même passive des populations civiles vivant sur les zones où s’allumaient soudainement des combats, ou se trouvant, sans le vouloir, près des abris des maquisards, connivence simplement supposée ou servie comme prétexte, était traduite par les Allemands, sans exception, par des représailles sanglantes et la terre brûlée.

C’est en avril 1943 que Joseph Delon, expéditeur en fruits à Montpezat, forma le premier groupe opérationnel pour le renseignement et le camouflage des jeunes qui fuyaient le S.T.O. Au début 1944, le maquis Bir-Hakeim détacha une antenne de 17 hommes sous les ordres de Fiquet André (Tataouine). Ils s’installèrent au bois des Garennettes entre Saint-Laurent et La Salvetat.

Origine du maquis Bir-Hakeim (témoignages de Louis Olivet, dit Oscar, André Fiquet, dit Tataouine, Cirio Soccol, dit Cambouis).

Ce maquis s’est constitué en octobre 1943, à partir d’éléments qui refusaient d’aller travailler en Allemagne, au titre du S.T.O. L’un des tout premiers réfractaires fut André Fiquet dont la personnalité était telle qu’on lui a confié tout de suite la responsabilité du maquis. Toulousain d’origine, celui-ci avait fui les Chantiers de jeunesse et s’était retrouvé à Caussade où il fut pris en charge par Duclos (Deville) qui l’amena, après diverses péripéties, à la bergerie de Vieille, lieu-dit « Guillot », sur la commune de Lavaurette-Saint-Georges, tout près de Saint-Symphorien. C’est en ce lieu que se localisa tout d’abord le maquis Bir-Hakeim.

Au début, le maquis est peu important : une dizaine de réfractaires. Puis il s’étoffe peu à peu. Vers décembre 43, janvier 44, 17 hommes sous les ordres de Tataouine se déplacent vers Montpezat aux Bouygues, dans le bois des Garennettes, où ils s’installent. Ils se ravitaillaient dans les fermes voisines et y cachaient parfois du matériel.

Dans la nuit du 29 au 30 avril, ils font sauter la voie ferrée Toulouse-Paris au tunnel de Viandes, à l’est de Montpezat.

Max Hastings qui a eu accès au « journal de marche de la Division Das Reich », lie les événements qui vont suivre à la recherche des « terroristes ».

D’autant que réside à Montpezat un réfugié d’origine sarroise, René Bauer, installé avec sa femme et ses enfants, redouté pour son activité pro-allemande. Dévoilé comme indicateur, il sera plus tard, en juillet, arrêté par Tataouine qui le ramènera à « Pech Sec », dans le camp militaire de Caylus, dernière localisation du maquis Bir-Hakeim. Jugé et condamné à mort, il sera fusillé dans la combe de « Pech Sec ».

Mais la tragédie commence. Dans la nuit du 1er au 2 mai, vers 3 heures, les Allemands investissent les abords de Montpezat, aux « Garennettes ». Les soldats qui opèrent sont sous les ordres de la Kommandantur S.S. de Caussade n° 59 544. Un maquisard, Guy Pierlot, de garde, tire au fusil-mitrailleur sur une patrouille S.S., à l’orée du bois situé entre la ferme Verdier et la ferme Crantelle. Il y aurait eu 6 à 7 tués et autant de blessés chez les Allemands. Cette action de retardement permet à ses camarades de fuir vers Perches et Lapenche.

Pierlot, tout en continuant à tirer, se réfugie dans la ferme Crantelle. Les S.S. l’assiègent, mettent le feu au bâtiment vers 4 heures. On retrouvera plus tard dans les ruines incendiées les restes de Guy Pierlot. Le fils Crantelle réussit à s’enfuir miraculeusement. Mais Marie-Louise Crantelle, qui essayait, à son tour, de s’échapper, est abattue dans les blés avoisinants par une rafale de mitraillette.

Puis les Allemands incendient la ferme Verdier, épargnant M™ Verdier en raison de son attitude secourable à l’égard de quelques blessés allemands.

A 8 heures, ils sont à la ferme Valès qu’ils brûlent. Ils continuent par les maisons de Ruamps Moïse et Massip Henri. Au lieu-dit « Petit », ils mettent le feu aux fermes de Coquès André, Régis, Morane et Coquès Henri.

Avant de brûler chaque ferme, ils pillent, libérant cependant le bétail qu’ils emmènent en réquisitionnant les habitants pour le conduire. Les porcs sont surtout l’objet de convoitise. Ils les tuent sur place et emportent leur viande.
Non contents d’avoir tout pillé et incendié, les Allemands emmènent les propriétaires et les domestiques comme otages. Certains seront déportés en Allemagne d’où ils ne reviendront pas :

Ruamps Henri, mort à Dachau le 30 janvier 1945 ;

Valès Germain, mort en Allemagne ;

Crantelle Albert, mort à son retour le 31 mai 1945.

Tandis que la terreur se répandait dans la campagne, vers 9 h 30, d’autres groupes de S.S., montés sur chenillettes, prenaient possession du village de Montpezat. Les S.S. procèdent aussitôt à des arrestations qui se combinent avec des exactions et des brutalités d’une extrême violence.

Le maire, M. Cros, est arrêté. Une jeune fdle, Marie-Antoinette Orcival, est arrêtée en qualité de juive. Malgré ses protestations, elle sera déportée en Allemagne où elle mourra d’épuisement à Hambourg le 19 juin 1945, après la libération des camps.

Trois malheureux : Négrier, coiffeur ; Dupuy, mécanicien ; Salvador Benjamin, cultivateur, accusés d’avoir aidé ou ravitaillé les hommes de la Résistance, sont torturés dans la maison Laroque, près de la mairie.

Vers 15 heures, ayant accompli tous ces exploits, les Allemands se retirent enfin. Tous les otages sont embarqués sur un camion et emmenés à Caussade. Certains d’entre eux seront renvoyés chez eux le soir même. Mais plusieurs seront déportés en Allemagne.

La population du village, terrorisée, qui s’était prudemment verrouillée à l’intérieur des maisons, commence à se risquer dehors. La vie reprend peu à peu.

Mais vers 20 heures, survient une nouvelle alerte. Une deuxième occupation du village a lieu, toujours par la même brigade de S.S. Ces derniers, apparemment sous l’influence de boissons alcoolisées, vont faire preuve à nouveau d’un déchaînement de férocité. Les voilà qui courent en tous sens, hurlant comme des forcenés. Ils perquisitionnent de maison en maison, poussant au dehors leurs occupants. Arrêtant toutes les personnes qu’ils rencontrent dans les rues, ils rassemblent les uns et les autres sur la place de la mairie, fusils-mitrailleurs braqués sur eux. Pendant ce temps, la maison Valmary brûle.

Des S.S. arrêtent le chanoine Galabert et l’abbé Schaff, prêtre lorrain, réfugié à Montpezat. Ils sortaient de l’église où était célébré l’office du mois de Marie. Les Allemands font monter le curé sur la place avec les hommes, et collent au mur le prêtre lorrain, mitraillette dans le dos. Pendant l’interrogatoire musclé, et en allemand, de ce dernier, les S.S. mettent le feu à deux maisons voisines appartenant à M. Delpech et M. Bonnet, ainsi qu’au presbytère. Dans la maison Bonnet, une petite fille de 3 ans, Lucette Berthe, sera brûlée vive avec son grand-père Charles Rathberger. Une troisième personne, Jean Costes, âgé de 60 ans, venant de Lapenche à Montpezat voir sa sœur, est arrêté et probablement fusillé et jeté dans les flammes.

Quand toutes ces opérations sont terminées, les S.S. remontent dans leurs camions et s’en retournent définitivement à Caussade. Ils emmènent avec eux un certain nombre d’otages qui seront déportés :

Delpech Félix, mort à Dachau le 22 janvier 1945 ;

Dupuy Eugène et Négrier Clotaire.

A la suite de ces événements épouvantables, Mgr Théas, évêque de Montauban, adresse, le 6 mai, la lettre suivante au commandant Bladlow, chef de la Kommandantur :

« Mardi dernier la commune de Montpezat a été le théâtre d’événements douloureusement tragiques. Défenseur de la justice, gardien du droit naturel, je manquerais gravement à mon devoir si, en face de tels actes de terrorisme et de barbarie, je ne faisais entendre la protestation indignée de la conscience humaine et chrétienne. Le vainqueur a le devoir d’assurer l’ordre, et non de faire du désordre. Si le vainqueur pratique le terrorisme, il est disqualifié pour l’interdire… »

Un mois plus tard, dans cette même commune de Montpezat, un groupe de S.S. de même provenance, portait son action sur le hameau de Perches-Haut.

Le 6 juin 1944, vers 23 heures, un tir de mitraillette se déclenche dans la côte de Perches, sur la R.N. 20 ; puis deux motocyclistes allemands lancent 4 fusées éclairantes. Peu de temps après, une centaine de S.S. environ, sur chenillettes, arrivent de Caussade. Des rafales de mitraillettes sont tirées vers les fermes du hameau, puis le feu est mis aux maisons Duthil, Cappat, Rescoussié, Combel.

Neuf occupants furent retrouvés le lendemain, carbonisés sous les décombres ; deux avaient été tués alors qu’ils cherchaient à fuir.

Vers 2 heures, le moulin à vent qui dominait la colline de Perches avait été détruit par l’explosion d’une bombe.Non contents d’avoir tout pillé et incendié, les Allemands emmènent les propriétaires et les domestiques comme otages. Certains seront déportés en Allemagne d’où ils ne reviendront pas :

Ruamps Henri, mort à Dachau le 30 janvier 1945 ;

Valès Germain, mort en Allemagne ;

Crantelle Albert, mort à son retour le 31 mai 1945.

Tandis que la terreur se répandait dans la campagne, vers 9 h 30, d’autres groupes de S.S., montés sur chenillettes, prenaient possession du village de Montpezat. Les S.S. procèdent aussitôt à des arrestations qui se combinent avec des exactions et des brutalités d’une extrême violence.

Le maire, M. Cros, est arrêté. Une jeune fdle, Marie-Antoinette Orcival, est arrêtée en qualité de juive. Malgré ses protestations, elle sera déportée en Allemagne où elle mourra d’épuisement à Hambourg le 19 juin 1945, après la libération des camps.

Trois malheureux : Négrier, coiffeur ; Dupuy, mécanicien ; Salvador Benjamin, cultivateur, accusés d’avoir aidé ou ravitaillé les hommes de la Résistance, sont torturés dans la maison Laroque, près de la mairie.

Vers 15 heures, ayant accompli tous ces exploits, les Allemands se retirent enfin. Tous les otages sont embarqués sur un camion et emmenés à Caussade. Certains d’entre eux seront renvoyés chez eux le soir même. Mais plusieurs seront déportés en Allemagne.

La population du village, terrorisée, qui s’était prudemment verrouillée à l’intérieur des maisons, commence à se risquer dehors. La vie reprend peu à peu.

Mais vers 20 heures, survient une nouvelle alerte. Une deuxième occupation du village a lieu, toujours par la même brigade de S.S. Ces derniers, apparemment sous l’influence de boissons alcoolisées, vont faire preuve à nouveau d’un déchaînement de férocité. Les voilà qui courent en tous sens, hurlant comme des forcenés. Ils perquisitionnent de maison en maison, poussant au dehors leurs occupants. Arrêtant toutes les personnes qu’ils rencontrent dans les rues, ils rassemblent les uns et les autres sur la place de la mairie, fusils-mitrailleurs braqués sur eux. Pendant ce temps, la maison Valmary brûle.

Des S.S. arrêtent le chanoine Galabert et l’abbé Schaff, prêtre lorrain, réfugié à Montpezat. Ils sortaient de l’église où était célébré l’office du mois de Marie. Les Allemands font monter le curé sur la place avec les hommes, et collent au mur le prêtre lorrain, mitraillette dans le dos. Pendant l’interrogatoire musclé, et en allemand, de ce dernier, les S.S. mettent le feu à deux maisons voisines appartenant à M. Delpech et M. Bonnet, ainsi qu’au presbytère. Dans la maison Bonnet, une petite fille de 3 ans, Lucette Berthe, sera brûlée vive avec son grand-père Charles Rathberger. Une troisième personne, Jean Costes, âgé de 60 ans, venant de Lapenche à Montpezat voir sa sœur, est arrêté et probablement fusillé et jeté dans les flammes.

Quand toutes ces opérations sont terminées, les S.S. remontent dans leurs camions et s’en retournent définitivement à Caussade. Ils emmènent avec eux un certain nombre d’otages qui seront déportés :

Delpech Félix, mort à Dachau le 22 janvier 1945 ;

Dupuy Eugène et Négrier Clotaire.

A la suite de ces événements épouvantables, Mgr Théas, évêque de Montauban, adresse, le 6 mai, la lettre suivante au commandant Bladlow, chef de la Kommandantur :

« Mardi dernier la commune de Montpezat a été le théâtre d’événements douloureusement tragiques. Défenseur de la justice, gardien du droit naturel, je manquerais gravement à mon devoir si, en face de tels actes de terrorisme et de barbarie, je ne faisais entendre la protestation indignée de la conscience humaine et chrétienne. Le vainqueur a le devoir d’assurer l’ordre, et non de faire du désordre. Si le vainqueur pratique le terrorisme, il est disqualifié pour l’interdire… »

Un mois plus tard, dans cette même commune de Montpezat, un groupe de S.S. de même provenance, portait son action sur le hameau de Perches-Haut.

Le 6 juin 1944, vers 23 heures, un tir de mitraillette se déclenche dans la côte de Perches, sur la R.N. 20 ; puis deux motocyclistes allemands lancent 4 fusées éclairantes. Peu de temps après, une centaine de S.S. environ, sur chenillettes, arrivent de Caussade. Des rafales de mitraillettes sont tirées vers les fermes du hameau, puis le feu est mis aux maisons Duthil, Cappat, Rescoussié, Combel.

Neuf occupants furent retrouvés le lendemain, carbonisés sous les décombres ; deux avaient été tués alors qu’ils cherchaient à fuir.

Vers 2 heures, le moulin à vent qui dominait la colline de Perches avait été détruit par l’explosion d’une bombe.

Quelle raison les Allemands ont-ils donné pour justifier cette épouvantable tuerie de Perches ? Ils ont prétendu que des signaux lumineux partaient de ce hameau. Fallacieuse accusation.

Ainsi les obsèques des victimes eurent lieu à deux reprises en l’église de Montpezat, en présence d’une foule innombrable et consternée.
MONTPEZAT-DE-QUERCY CROIX DE GUERRE AVEC ETOILE DE BRONZE

LA SALVETAT 2 MAI 1944

PERCHES NUIT DU 6 AU 7 JUIN 1944
Les troupes d’occupation ont entrepris une dure action de représailles contre le village de Montpezat-de-Quercy et le hameau de Perches en mai 1944.

16 patriotes ont été tués (Guy PIERLOT, homme du marquis de la 7ème compagnie tué chez Crantelle) ;

19 immeubles incendiés.

La Commune a été très éprouvée et l’action de ses habitants en faveur de la Résistance mérite la reconnaissance de la Nation.
Paris le 11.11.1948

Après les événements du 2 mai, à Montpezat, les hommes du maquis Bir-Hakeim étaient revenus dans leur cantonnement de Vieille. Ils y restent peu de temps. Sur injonction de l’état-major départemental F.F.I., ils gagnent des refuges plus sûrs, d’abord en bordure du camp militaire de Caylus, à « Ganiole », « Richard », « la Verrière », puis dans le camp lui-même à « Pech Sec » et « Pech Vert ».

Après le débarquement allié du 6 juin, l’augmentation des effectifs entraîne une réorganisation des maquis. Tataouine commandait jusque-là. Il a continué à être responsable du maquis Bir-Hakeim jusqu’au jour où la T compagnie A.S. est montée, commandée d’abord par Cabarroques (Camille), puis par Duclos (Deville)

Quand on a constitué l’état-major du secteur nord-est, fin juin, Cabarroques est passé responsable du secteur et c’est Duclos qui a pris le commandement de la 7e compagnie. Tataouine était promu chef de section.
Louis Olivet (Oscar) et André Fiquet (Tataouine) devant les ruines de « Pech Sec »
André Fiquet, Cirio Soccol et Louis Olivet devant la gariotte de « Pech Vert »

Il y a donc eu une succession d’apports au maquis de « Pech Sec ». La 7e compagnie de Cabarroques venait de Caussade. C’était la résistance statique qui attendait le mot d’ordre pour prendre les armes. Après les événements de Cabertat le 20 juin 1944, une partie des hommes de la 3e compagnie, localisée à Léojac, rejoint « Pech Sec » sous la direction de Trapp (Théophile). Ce dernier prend alors le commandement de la 4e compagnie, située à « Pech Vert ».

Cette disposition définitive était réalisée en juillet 44. Ainsi, fin juillet, les effectifs se montent à : « Pech Sec » (7e compagnie et section de la 8″ compagnie) = 144 hommes ; « Pech Vert » (4l compagnie) = 70 hommes.

Evolution du maquis jusqu’à la Libération

(témoignage de André Ficquet, Louis Olivet, Cirio Soccol)

Avec un effectif de plus de 200 hommes, il faut prendre des mesures de sécurité rigoureuses. Ainsi des postes de guet tournants sont installés aux abords des cantonnements (chemin de Boutiguette – moulin de la Veyrière – combe de Cahors – côte de Saint-Alby).

Le poste de commandement de la 7e compagnie est situé à « Pech-Sec » même, à la ferme Combes. Les hommes sont logés dans les granges du « Toulet », sur le plateau de Cantayrac. La 4e compagnie est localisée aux bergeries de « Pech-Vert », au sud du bois d’Aubrelong.

L’armement fourni (fusils, revolvers, fusils-mitrailleurs, mitraillettes, mortier) vient de deux origines différentes : • Les armes françaises ont été récupérées dans des grottes et des phosphatières du camp de Caylus (probablement de l’armement caché sous les ordres du commandant Normand en 1943, avant son arrestation), mais également à proximité de la ferme Gandil, près de Lassalle.

• Les armes d’origine anglaise ont été reçues par parachutage :

En novembre 1943, à Cayriech, avec deux équipes de réception dirigées par Duplan et Meauzac, et dans la même période, à Saint-Georges-Lavaurette ;

Plus tard, en juillet 44, le maquis reçoit des armes provenant d’un parachutage qui a lieu à « Pech-Berthier », à l’est de Montaigu-de-Quercy (60 containers).

Avec l’entraînement des recrues, il s’agissait aussi de les vêtir et de les nourrir. Des actions de récupération étaient organisées régulièrement. Lors d’une descente sur une fabrique de vêtements exécutée à Caussade, un camion, avec Soccol comme chauffeur, est chargé de blousons de cuir et de pantalons destinés aux Chantiers de jeunesse. Par ailleurs, des réquisitions de vivres et de tabac sont effectuées. Un bon de réquisition est établi et remis à chacune d’elles.

Des coups de mains dans les bureaux de poste et les perceptions sont également exécutés pour se procurer de l’argent qui servira soit à payer directement des réquisitions exceptionnelles, réglées de la main à la main, soit à distribuer aux hommes en charge de famille. Le fonctionnaire recevait également un bon de réquisition.

Dans le courant de juillet 44, les services du ravitaillement général de Vichy effectuent une réquisition de bœufs, moutons et porcs, sur le marché de Puylagarde. Avant que le bétail ne soit emmené, le maquis récupère les bêtes et les transporte à « Pech-Sec ». Les animaux abattus, les quartiers de viande sont entreposés dans la grotte-tunnel de la fontaine de Saint-Alby qui jouait le rôle de chambre froide naturelle.
Parfois le maquis recevait la visite d’autorités de la Résistance, le colonel Nil, Jacques Chapou (capitaine Philippe) furent accueillis à « Pech-Sec ». Un matin, vers la côte de Saint-Alby, Oscar voit arriver une voiture Peugeot de couleur rouge, arborant le drapeau français et le drapeau anglais. Les deux occupants demandent à parler à Cabarroques. C’était le major Mac Pherson accompagné d’un radio. Reconnus sur présentation d’une moitié de journal déchiré qui devait correspondre à l’autre moitié détenue par Camille, ils sont restés deux à trois jours avant de descendre sur Montauban.
Ils faisaient partie des équipes Jetburg, organisation militaire qui s’occupait des parachutages et de la mise en œuvre de certaines actions. D’ailleurs un poste émetteur, destiné à prévenir des parachutages éventuels, avait été installé à « Pech-Sec », dans la grange derrière le pigeonnier.

A partir de juillet, les actions de résistance se multiplient. Le maquis réalise plusieurs sabotages sur la voie ferrée Caussade – Cahors, du côté de Borredon. Les voies étaient gardées tous les 300 ou 400 mètres par des requis auxquels on ne voulait pas faire supporter de représailles, aussi, agissait-on généralement la nuit.

Le dernier sabotage auquel a participé Oscar se situe le 12 juillet. Dans la même opération, nous avions prévu de réquisitionner chez Arnal, à Puylaroque, des boîtes de conserve pour pouvoir fêter le 14 Juillet, en améliorant l’ordinaire. Nous circulions, à l’époque, tous feux éteints. La camionnette qui était partie dans la journée sur Puylaroque et qui revenait à la nuit, sans éclairage naturellement, nous est rentrée dedans, à la sortie d’un virage, près de Belmont-Sainte-Foy, au lieu dit « Entraygues ». Il y a eu des accidentés. Le feu s’est mis au véhicule. Je suis parti à pied jusqu’à « Pech-Sec » pour prévenir et obtenir du renfort pour pouvoir dégager la route afin que tout passe inaperçu. Nous avons amené les blessés d’abord au château de Belmont, puis à l’école de Mouillac dont l’institutrice était Lucienne Baudet (Sim), qui les a recueillis.

Le 14 juillet 1944, la 7e compagnie, après avoir pris les dispositions d’usage et de sécurité, défila néanmoins à Caylus, drapeau en tête, avec ses hommes valides et ses éclopés. Elle déposa une gerbe au monument aux morts, fit observer une minute de silence à la population et en quittant Caylus, au carrefour formé par les routes de Villefranche-de-Rouergue et de Saint-Pierre-Livron, brisa, avec une masse, le buste du maréchal Pétain qui s’y trouvait ostensiblement érigé.

A partir du mois d’août, nous recevons, par les agents de liaison, des ordres plus ou moins contradictoires. Ces ordres nous enjoignent notamment de quitter « Pech-Sec » et de nous transporter en bas de Puylaroque, du côté du moulin de Brozes, vers « Ganiole ». Le 13 août, le déplacement est effectué, tout en gardant une antenne à « Pech-Sec ». Les allemands circulaient sur les axes routiers et le commandement nous avait demandé de nous rapprocher le plus possible de la route nationale qui va de Caussade à Cahors.

Effectivement nous avons harcelé une colonne de Mongols qui descendait vers Caussade, à Perches et Saint-Julien le 16 août. Cette colonne subira de grandes pertes le lendemain 17 août, lors de l’engagement de la Tanguine par le Corps franc Dumas.

Le 19 août une nouvelle colonne allemande se déplace de Caussade vers Montauban. Les ordres suivants sont donnés :

•    La 7e compagnie, commandé par Deville, doit harceler les arrières de l’ennemi ;

•    Une section des Corps francs se postera vers Albias pour attaquer le flanc de l’ennemi et le retarder dans sa marche ;

•    Le reste de l’effectif se postera aux entrées de Montauban pour lui en interdire l’accès.

A Montauban, les événements se déroulent dans l’après-midi et prennent fin vers 21 h 15. La 7e compagnie arrive vers 23 heures. Les Allemands n’ont pas traversé Montauban, ils sont partis par la route de Nègrepelisse. Au jour, l’ennemi est poursuivi vers La Salvetat jusqu’aux confins du Tarn dans la direction Gaillac – Albi.

A partir du 20 août, la 7e compagnie cantonne à l’école libre de Caussade, à côté de la gare ; l’état-major du secteur nord-est F.F.I. s’installe dans l’immeuble « Maleville », au carrefour des allées. La 4e compagnie bivouaque dans la région de Montauban, avant de rejoindre le quartier Doumerc.

La période de la Libération qui prend fin le 25 août 1944 ne termine pas la guerre.

Les Forces françaises de l’intérieur continuent la lutte au-delà des frontières strictes de leur département.

Il est évident qu’à la fin août, un bon nombre de résistants rentrent dans leurs foyers.

Mais d’autres deviennent des engagés volontaires pour les opérations à poursuivre jusqu’à la défaite définitive du Reich.
De gauche à droite : Major anglais Marc Pherson. Pierre Cabarroque, le représentant de l’État au monument de Montricoux
Cabertat : 20 juin 1944

Ce nom éclate comme un coup de tonnerre, au frontispice des drames vécus en Tarn-et-Garonne. Le site de Cabertat, au milieu des bois dominant le village de Vaïssac, servait de RC. en 1944 à la 6e compagnie A.S., à laquelle appartenaient nombre de maquisards originaires de Montricoux.

Montricoux, vieille cité médiévale. Le bourg s’appuie sur la rive droite de l’Aveyron, dans un paysage de rochers calcaires, au point de jonction de la plaine mollassique de Nègrepelisse et des gorges escarpées de Bruniquel. Enserré par les restes de vieux murs d’enceinte, il se tasse sur un tertre rocheux, offrant plein sud les toits patinés de ses maisons, parfois plusieurs fois centenaires, dominés par la masse carrée du lourd donjon bâti par les templiers qui rivalise avec la flèche élancée de son clocher de briques roses.

En septembre 1939, à la déclaration de guerre, chacun à Montricoux fit son devoir, très simplement. Y eut-il quelque exception ? Peut-être, mais qu’importe. La défaite de mai 1940 surprit douloureusement. L’exode lamentable des réfugiés, la déroute désordonnée des soldats vaincus, souvent sans avoir pu combattre, augmentèrent la tristesse et l’angoisse, frappèrent de stupeur toute la population.

Les soldats démobilisés revinrent, ajoutant leurs récits à ceux des prisonniers évadés qui avaient préféré les risques de l’évasion aux longues heures passées dans les camps. Ils furent suivis de rapatriés qui avaient connu la captivité en Allemagne. Les uns et les autres ne pouvaient collaborer avec l’envahisseur.

Cependant une section de la « Légion française des combattants » fut constituée à Montricoux. Elle regroupait au début bon nombre d’anciens poilus de Verdun. Mais dès la fin 1941, il ne restait qu’un petit noyau de militants, fort actif par ailleurs, appliquant avec zèle les consignes de délation venues de Vichy. Ainsi le 11 janvier 1942, une lettre est adressée au commissaire spécial en résidence à Montauban, rendant compte de menées communistes observées sur la commune de Montricoux, et dont M. Bergougnoux, instituteur en retraite, serait à l’origine.

« Cet homme inscrit aux loges maçonniques a de fréquentes rencontres avec le nommé Bosc, profitant de la nuit et du moment où la circulation est presque nulle, pour rencontrer furtivement ce dernier qui était, avant la guerre, un militant socialiste acharné et déployait le drapeau rouge sur sa maison.

De plus, il est à présumer que Bergougnoux fait passer des tracts ou des mots d’ordre du parti communiste aux autres adhérents, parmi lesquels : Piquepé Hervé, mécanicien ; Amand ; Biau Jean et Roques, gérant de l’Epargne.

M. Roux, entrepreneur du bâtiment au « Bugarel », par Montricoux, serait, lui aussi, propagandiste et meneur communiste auprès de son personnel.

D’après les renseignements recueillis, une perquisition de la police spéciale s’imposerait ».

Malgré la surveillance sournoise et constante des agents de l’ennemi, la Résistance s’organisa secrètement, ardemment, farouchement à partir d’avril 1943, dans le canton de Nègrepelisse.

Sous la direction de Noël Duplan (Nil), le capitaine Delplanque (Dumas) va former la 6e compagnie.

Lorrain d’origine, Gaston Delplanque, prisonnier évadé, s’était réfugié avec sa famille à Nègrepelisse. Pour assurer aux siens le pain quotidien, il travaillait à la briqueterie du Bugarel. Autour de lui, se groupèrent des hommes au cœur solide et au caractère décidé.

Le premier d’entre eux fut Wilfrid Ricard (Rivière), assisté de son frère Germain et de sa femme Maria.

Rouergats authentiques, rudes, généreux, vaillants, les Ricard s’étaient installés en 1936 aux « Ombrails », centre de gravité du triangle Nègrepelisse – Vaïssac – Montricoux, pour remettre en valeur un domaine à l’abandon. Patriotes comme des paysans attachés à la glèbe, ils se lient à la Résistance, et les « Ombrails » deviennent vite le lieu de rendez-vous où se rencontrent les résistants de la région. Le jour comme la nuit, cette demeure hospitalière reste ouverte à tous ceux qui luttent. Mieux, l’action clandestine s’y organise et dans la nuit du 19 au 20 août 1943 a lieu le premier parachutage effectué en Tarn-et-Garonne, larguant 7 containers d’armes.

Auprès de Delplanque, un groupe de patriotes allait, au cours des mois qui suivirent, effectuer un travail titanesque (liaisons, boîte aux lettres, transport de réfractaires au S.T.O., camouflage de juifs). Il faut citer : Caperan Georges (Saint-Biaise), Taché Jean (Brisefer), Rey Henri (Raymond), Aujaleu Pierre (Gervais), Niedercorn Roger (Zanzibar), Frapperie Claude (Flambeur), Balthazard Émile (Boum), Jacquot Raoul (Raoul), Puygauthier Gilbert (Fracasse), Daugé Maurice (Rigoulot).

Le Corps franc Dumas : groupes Fantôme. Fracasse. Pet Sec. Bolchevick et Boum.

Le P.C. du chef Dumas est d’abord établi à la ferme Ricard. Le recrutement des réfractaires au S.T.O. s’intensifie. Le premier de ces réfractaires est Lasbareilles Louis, dit Pet Sec. Ces jeunes gens sont dirigés sur les fermes avoisinantes où ils se camouflent. Ils travailleront à l’aménagement du camp et à l’instruction militaire.

Cette activité est menée sans la moindre interruption jusqu’en avril 1944.

A ce moment, à la suite d’un parachutage, le maquis Ornano est attaqué par les forces allemandes dans la forêt de la Garrigue, près de Penne. Ce maquis est dispersé et le regroupement s’opère dans la région de Puygaillard sous la direction du chef Camille.

La méfiance de l’occupant est éveillée et les maquis sont l’objet d’une surveillance accrue.

Le 18 avril 1944, Maurice Daugé (Rigoulot) récupère Jacquot Georges (Marsouin), Henri Verdier (Banane), Lucien Lejeune (Tutu), qui venaient des maquis du Lot. Par la suite, les rejoignirent avant le 6 juin : Robert Saintignan (Tarzan), André Bauer (Pépé), Pierre Giusti (Gim), Angélo Fofano (Mistinguet), André Jouanny (Lagoupille). Plus tard : Vrobel (Bob), Marcel Loupiac (Cuistot), Jean Marchand (Lafouine), Maurice Gomez (Lafleur), Dominique Ferrero (Miquet).

Le 8 mai 1944, le commandant Nil, chef départemental des F.F.I., donne ordre de rassembler les hommes et de former les Corps francs. Le chef Dumas nommé chef des Corps francs passe le commandement de la 6e compagnie à Jean Taché.

Convocation est adressée immédiatement à tous les membres et l’unité est formée, composée de groupes de 6 à 8 hommes, dispersés dans le maquis. Ordre est donné de ne plus loger chez l’habitant qui est vite dépisté par les sbires de la Gestapo.

Le groupe Fantôme (Daugé, Jacquot) est le fer de lance du Corps Franc Dumas, le joyau du maquis de Cabertat. Il est secondé par le groupe Bolchevick, le groupe Fracasse, le groupe Boum, le groupe Pet Sec.

Fin mai, le débarquement est proche. Ordre est donné aux groupes de rejoindre la forêt de Vaïssac où des abris rudimentaires ont été construits. Le camp est tout d’abord fortifié puissamment, aménagé pour permettre de vivre par tous les temps en cet endroit. L’instruction militaire s’y poursuit également : il est nécessaire que les hommes soient prêts pour le combat. C’est le village des maquisards : personne ne peut entrer sans le mot de passe.

Le 6 juin 1944, débarquement des forces alliées sur le sol français. La radio de Londres prescrit de passer à l’action.

Le commandant Nil qui a son P.C. chez Ricard, donne l’ordre de procéder à l’exécution du plan vert (destruction des voies ferrées et entretien des coupures). Ce même soir, le capitaine Dumas, noblesse oblige, veut avoir l’honneur de commencer cette mission, accompagné de Balthazard Émile et de Puygauthier. Ce sont les lignes vers Paris et vers Bordeaux, ainsi que vers Lexos, qui, sans arrêt, vont subir des coupures, entravant ainsi la marche des convois ennemis. Les lignes haute tension sont détruites. Tout est mis en œuvre pour affaiblir la puissance de l’ennemi. Les parachutages apportent les armes nécessaires.

Le 9 juin, le groupe Fantôme procédait sur Montricoux à la réquisition des véhicules en état de rouler. Trois jours plus tard, la Gestapo arrivait avec la mission de capturer un réfractaire du S.T.O. et un patriote belge, M. Denis, agent actif de la Résistance, qui lui avait été signalé comme un dangereux terroriste. Tous deux réussirent à s’échapper.

Vers le 15 juin, le chef régional de la milice Dartenset et le chef départemental Renard sont interceptés lors d’un trajet d’inspection dans le département, après indication de leur chauffeur. Tous deux sont amenés à Cabertat où ils sont immédiatement jugés en la ferme de Panégro par un tribunal présidé par Nil, avec Delplanque comme assesseur. Condamnés à mort, ils sont exécutés le soir même, leurs corps enterrés sur place. Renard a donné auparavant la liste de tous les membres de la milice.

Monument de Cabertat
Corps franc libération Dumas, une partie du groupe Pet Sec fin avril 1944, Verlhac-Tescou.

De gauche à droite : Mistinguet, Patience, Pet Sec (Lasbareilles), Caméra (Faure), Mosquito. Assis : Bienvenue (Marcus).
Mais le camp ne tarda pas à être repéré. La présence permanente de nombreux véhicules et d’une troupe nombreuse (environ 300 hommes) attisa les commentaires. La délation fit le reste. Tous les soirs, en fin d’après-midi, un appareil léger de l’aviation allemande passait à basse altitude au-dessus du campement.

Le 20 juin 1944, à 8 h 15, M. Terrassier, secrétaire de la mairie de Vaïssac, qui vient d’être légèrement blessé à la tête, arrive essoufflé au camp. Il avise aussitôt Delplanque qu’une formation allemande venait de faire irruption dans sa commune.

Delplanque prend immédiatement les dispositions pour permettre aux milices patriotiques, non armées, de se retirer (250 hommes environ).

Pendant ce temps les nazis pénètrent dans l’église où l’abbé Cruzel, curé de Vaïssac, (Pierrou, aumônier du maquis), célébrait un office des morts. Ils l’arrêtent, dès la fin de l’office, ainsi que les fidèles présents.

A 9 h 30, l’attaque se produit sur le poste de garde de l’entrée du camp, défendue par le groupe Bolchevick.

Plusieurs tentatives infructueuses de l’ennemi portent leurs efforts sur les bois en direction NW.

Le groupe Fracasse (Puygauthier et Frapperie) est détaché vers la ferme Bussière pour freiner l’action de l’ennemi.

Le groupe Fantôme, plus à l’est, sous les ordres de Marsouin (Jacquot) est à proximité de la ferme Penchenat.

Le groupe Boum (Balthazard) est à Cabertat même.

Le groupe Pet Sec (Lasbareilles) est posté entre l’accès principal au camp et la ferme Panégro.

Les brigades de gendarmerie du canton de Nègrepelisse, qui ont rejoint le maquis, occupent Panégro, flanquées par le groupe de mitrailleuses commandé par Roger Taché.

Vers 10 heures, chenillettes et lance-flammes ennemis entrent en action.
La position est tenue jusqu’à 10 h 45, malgré la supériorité de l’ennemi, en hommes et en matériel. Celui-ci attaque alors au mortier et commence à incendier les fermes environnantes. Son effectif grossit de nombreux renforts : il est d’environ de 5 à 600 hommes.

Les groupes se replient, sur ordre, par les bois de Genebrières, y entraînant l’ennemi.

Le contact est rompu vers 15 heures, et l’ordre de dislocation est donné.

L’ennemi s’acharne alors sur les fermes et les bois. A 17 h 25, Panégro est en flamme et la famille Penchenat (le père : Adrien, la mère et leur fille Léa) périt dans l’incendie de sa demeure. Les fermes : Cassagnan, Penchenat, Segure, Panégro, Cabosse, Tounielle, sont détruites par le feu.

Le même soir, les groupes du Corps franc, reformés, étaient à nouveau prêts à reprendre le combat.

Les pertes allemandes étaient de 13 morts et plusieurs dizaines de blessés.

Malheureusement, dans la matinée, 2 véhicules chargés du ravitaillement du maquis tombaient dans une embuscade, à proximité de Vaïssac, au lieu-dit « Le Pont », sur la route de Revel. 6 hommes dont deux seulement avaient une arme, y avaient pris place : Eloi Teulières, Pierre Nonorgues, Jean Biau, Léon Poux, Louis Puech, Camille Basselier. Malgré leur infériorité, ils se défendirent bravement, mais le nombre devait l’emporter. Ils furent faits prisonniers. Torturés par les Allemands et les miliciens, après un martyre de plusieurs heures, ils sont emmenés avec 21 otages, dans les bois de Cabertat. L’abbé Cruzel ne cessa durant le trajet, d’encourager ses compagnons sous les rires et les sarcasmes de l’agresseur. Il avait vainement essayé de leur apporter le secours de son ministère.

A midi, les 6 maquisards sont séparés du groupe et abattus par des rafales de mitraillette à la lisière des bois de Cabertat. Mettant ensuite le feu aux bruyères, l’ennemi essaya de détruire les cadavres horriblement mutilés.

Les 21 rescapés sont relâchés en fin de soirée.

Les dépouilles mortelles furent ramenées le soir à Montricoux. Une foule en larmes attendait les cercueils et s’apprêtait à rendre les honneurs funéraires. Mais la Gestapo avait interdit toute manifestation. Le cœur gros de colère et de douleur, la population vit passer le convoi se dirigeant de l’église vers le cimetière, presque en cachette, comme la nuit tombait.

Le mercredi 28 juin 1944, le chef Dumas, accompagné de quelques maquisards, devait se rendre au service de neuvaine célébré à Puygaillard, à la mémoire des hommes tués à Cabertat. Renseignés, les Allemands organisaient une expédition pour faire le groupe prisonnier. Ainsi une formation allemande et milicienne, d’environ 200 hommes, se rendait à Puygaillard vers 17 heures. En vain. Pénétrant alors dans la mairie, ces derniers s’emparaient du buste de Marianne, puis, sur la place du village, s’entraînaient au tir sur le symbole de la République.

Lavit

Octobre 1942 : naissance de la 10e compagnie de l’A.S. F.F.I.

Le terrain de parachutage : « Viaduc ».

Les messages :

L’occasion se présente : parachutage ;

Messieurs faites vos jeux : constitution du maquis ;

Le père la cerise est verni : ordre de guérilla, débarquement.

Le 1er juin 1944, à 13 h 30, fut lancée sur les ondes de Londres la phrase : Messieurs faites vos jeux qui donnait l’ordre de constituer le maquis. Dans la nuit, c’est le premier contact pour beaucoup qui s’ignoraient par nécessité de sécurité, et le départ du P.C. de la ferme Bosc.

Le 3 juin, dans la nuit, un groupe d’une trentaine d’hommes campe aux « Berteilles » à proximité du terrain de parachutages « Viaduc ».

Le 6 juin à 5 heures, «Le père la cerise est verni » : ordre de guérilla, c’est l’annonce du débarquement tant attendu.

Le 7 juin, devant l’attaque imminente des troupes allemandes cantonnées à Castelsarrasin, c’est le premier décrochage pour rejoindre comme prévu les bois d’Hartech : « Carottes ».
Monument rappelant les combats des 19 et 20 août à « La Vitarelle », commune de Montech, au croisement des nationale 113 et départementale 928.
Stèle érigée sur les ruines de la ferme « des Carottes » abritant les maquisards de la 10e compagnie A.S

Ce même jour, la brigade de gendarmerie de Lavit a reçu l’ordre de rejoindre Castelsarrasin. Ils doivent partir le vendredi 9 juin. Ils ont décidé de ne pas obéir et de rejoindre le maquis, mais ils ne voudraient pas que leur famille ait à en souffrir.

Le 9 juin, exécution du plan décidé avec les gendarmes : simulacre d’attaque du camion qui les transportait. Afin d’éviter des représailles contre leur famille, ils ont été faits prisonniers à la gare d’Asques, vers 18 heures ; occupation de Lavit à 20 heures malgré la présence des Allemands à Beaumont, Larrazet, Castelsarrasin et Auvillar. Ce geste audacieux, amplifié par les bouches amies et ennemies assure à l’occupant la réalité du maquis et cette hantise s’insinuera chaque jour davantage dans leur tête.

Juillet voit l’arrivée d’un groupe de l’U.N.E. (Union nationale espagnole) rattaché à la 10e compagnie.

Le 6 août : occupation de Beaumont.

Le 17 août : ordre de l’E.M. EF.I. de quitter définitivement le maquis et de se porter sur la rive gauche de la Garonne pour y interdire l’accès de quatre ponts : Saint-Aignan, Belleperche, Bourret et Verdun.

Le 19 août : à « La Vitarelle », en début d’après-midi, attaque d’un convoi allemand par le groupe « Bâtard ».

Une rafale de mitrailleuse et deux grenades arrêtent net le premier camion qui prend feu, bloque la route et oblige les suivants à stopper. Les occupants survivants qui cherchent à s’enfuir sont faits prisonniers.

Le 20 août, tous les groupes ont rejoint « La Vitarelle ». Attaque d’une colonne forte de 2 500 hommes. Il est

11    heures quand les EM. ouvrent le feu. Les Allemands ripostent à coups de mortier, de mitrailleuses lourdes et de canons antichar. La situation devient vite intenable et le repli général est alors ordonné vers Bourret, sous le feu des armes automatiques.

Jean Lacaze est tombé, mortellement blessé en vue de son clocher, non loin du village qui l’avait vu naître.

Le 25 août, période de la Libération. Les états-majors procèdent à la refonte des unités. De nombreux volontaires s’enrôlent, les anciens et nouveaux signent leur engagement volontaire pour la durée des hostilités et participent à la formation du bataillon de marche de Tarn-et-Garonne. Lancé dans la mêlée sur le front du Médoc, il rejoint le 12    décembre la demi-brigade Carnot et mène de décisifs combats à la pointe de Grave.
« Boursier » André Brunei, le préfet Diemer, Jean-Michel Baylet. « Colomb » François Marsol devant le monument de « La Vitarelle ».

Montbartier
Le dimanche 25 juin 1944, à 9 heures, la défense passive urbaine de Montauban fait retentir par des sons modulés d’une durée de quatre minutes le début de l’alerte aérienne prévenant la population d’un possible bombardement par l’aviation alliée et l’invitant à se rendre dans les abris : caves, tranchées, abris de fortune, replis de terrain, talus, fossés, etc., choisis à l’avance ou désignés. Montauban, entre le lundi 17 mai 1943 et le samedi 12 août 1944 connut 34 alertes, dont celle du 25 juin. Elle concernait le passage des avions alliés se rendant sur Montbartier pour pilonner les citernes contenant l’essence entreposées ou enterrées dans et sur un terrain militaire situé à proximité du passage à niveau de la ligne Montauban-Toulouse et de la gare de ce petit village tarn-et-garonnais.

Entre 9h 10 et 9 h 31, 64 avions bombardiers (boeing B17 « Fiying » forteresse) de la 8e force aérienne des Etats-Unis, lâcheront, par petites vagues, à 2 500 pieds (7 600 mètres), 147 tonnes de bombes sur les installations de ce dépôt d’essence. Les bombardiers étaient escortés de 83 P51 « Mustang » des 361% 78e et 55e groupes de chasseurs. L’opération est qualifiée par « excellent résultat » et enregistre deux pertes : une Forteresse et un Mustang.

A la même heure, Francazal et Blagnac recevaient respectivement 230,5 tonnes et 143,5 tonnes de bombes lâchées par 104 et 72 forteresses accompagnées par 107 chasseurs F47 « Thunderbolt » et 101 chasseurs P38 « Lighting ». Soit au total : 531 avions et 521 tonnes de bombes qui survolèrent Montauban.

Ornano

23 août 1943 – 21 mars 1944

Les maquis en Tarn-et-Garonne se sont surtout organisés en 1943 pour regrouper les jeunes gens qui voulaient éviter d’aller travailler en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire.

C’est à la ferme de Garrhan, vieille gentilhommière du 18e siècle, située dans un vallon du causse, sur la rive droite de l’Aveyron, entre Penne et Cazals, que le premier réfractaire au S.T.O. arrive le 23 août 1943.

Au cours des semaines suivantes, il est rejoint par d’autres jeunes, réfractaires comme lui. venus de toutes les régions de France, mais plus particulièrement du Sud-Ouest.

Le 10 octobre 1943, ce groupe devient la 4e section des corps francs de la libération de Tarn-et-Garonne, est homologué sous le nom de « maquis Ornano M.PI ». Ce nom est choisi en l’honneur du colonel d’Ornano, des Forces françaises libres, qui, parti du Tchad sous les ordres du général Leclerc, fut tué face à l’ennemi à l’attaque de Morzouk, dans le désert Lybien, le 8 janvier 1941, dans la conquête des oasis du Fezzan.

D’autres appellations ont été également utilisées : maquis de Penne, maquis de Cazals.

Après un bref séjour, du 24 au 28 octobre, dans les bergeries de la ferme Albert, le groupe, renforcé d’autres éléments, s’installe plus au nord, sur le plateau qui surplombe l’Aveyron, en aval de Cazals, près de la forêt de la Garrigue. Il occupe alors des abris divers (fermes, granges, bergeries) : La Bouriette, Lautanel, La Revelle, Caminade. Le causse se présente là sous forme d’un plateau calcaire, recouvert d’une maigre végétation de genévriers et de chênes rabougris, d’où l’on peut descendre dans la vallée de l’Aveyron par le « chemin des Loups » qui donne accès sur la rive gauche de la rivière au causse de Roy.

Dès octobre 1943, le maquis d’Ornano devient donc maquis militaire avec, à sa tête, Roger Rigaud (René), mécanicien à la S.N.C.F. à Montauban, ex-armurier du « Courbet ». Agé de 29 ans quand il prend le commandement de son groupe, d’abord comme chef direct, puis comme adjoint, Roger Rigaud fut l’une des grandes figures de la Résistance en Tarn-et-Garonne. Son destin a voulu qu’après avoir donné tout son courage, tant dans la période d’attente que dans le combat d’extermination du maquis, il fut pris par la Gestapo, quelques mois plus tard, torturé et sans doute fusillé dans la forêt de Buzet en Haute-Garonne, le 17 août 1944, avec d’autres patriotes.

Dans le même temps, Jacques Rabit (Jacques), de Toulouse, succède à Roger Rigaud à la tête du maquis d’Ornano. Venant du Vercors, il avait rejoint les premiers maquisards cantonnés encore à Garrhan.

Dans ce cadre sauvage du causse, la vie de camps est celle d’un maquis classique. Fort d’une quarantaine d’hommes, le groupe subit la rigueur de l’hiver 1943. Le ravitaillement est difficile, malgré la compréhension des habitants des fermes voisines. L’installation est précaire. Mais le maquisard n’a guère besoin de confort, ayant tout quitté pour reconquérir sa liberté et celle de la patrie. Après avoir dormi à même le sol ou sur des branchages, quelle chance de coucher sur la paille fournie par un paysan des environs. La cuisine est rustique : quelques marmites suffisent pour cuire le ragoût de pommes de terre ou la potée de haricots. Et si, d’aventure, on a sacrifié une brebis, on débite la viande en petits morceaux, afin que tous soient servis équitablement. Son unique assiette d’aluminium garnie, le maquisard se restaure dans un coin, assis à même la terre, jambes repliées à la façon des tailleurs. Le couteau individuel tient lieu de fourchette… Nul besoin de râtelier d’armes : elles sont rares et l’on dort avec elles, en prévision d’une alerte nocturne.

Les jours s’écoulent. L’entraînement des recrues se poursuit journellement. Le matin, par petits groupes, on pratique l’instruction et le maniement d’armes. Une partie de l’après-midi est consacrée aux soins du cantonnement. Une équipe est désignée chaque jour pour assurer le ravitaillement dans les fermes sûres. La nuit tombe rapidement à cette saison, et, à la lueur d’un feu de bois, commence la veillée où l’on évoque des souvenirs et l’on se dit les espoirs. Puis un sommeil réparateur fait oublier le risque d’une attaque en pleine nuit. On n’y pense pas, car l’impression de sécurité est grande dans ce coin perdu du causse. On se fie aux sentinelles qui, remplacées toutes les deux heures, montent une garde vigilante.

A la libération de Montauban, avant de monter au front avec le 3e hussards.

Dans l’attente des messages radio annonçant l’imminence des parachutages, on écoute Radio Londres, malgré un brouillage intensif.

Dès le 8 décembre 1943, l’équipe régionale de la C.D.P.A., qui deviendra le S.A.P. (service des atterrissages et parachutages) apporte 6 mitraillettes Sten, 30 grenades et des explosifs. Le maquis s’organise lentement en unité de guerre, avec mission principale de recevoir des armes et des hommes (Arma-Homo) sur un terrain reconnu sur le plateau de Vinchet, au-dessus de Serres-la-Rivière, et homologué par Londres sous le nom de « Volcan ».

Cette mission comprend aussi le service permanent d’un terrain dit « de repêchage », équipé d’un appareil émetteur de radioguidage Eurêka qui permet aux avions alliés, déroutés de leur but par la chasse ou la D.C.A. ennemies, de larguer hommes et matériel sur un point précis qui se situe à l’emplacement actuel de la stèle, près de la route Montricoux-Saint-Antonin.

« Notre poste Eurêka, se souvient Mllc Baudet (alias Sim), était très simple et très efficace : indicatif d’appel L 7 et L 8. Mais la batterie d’accès pesait très lourd. Si le parachutage du 29 février ne put se réaliser comme prévu, celui du 2 mars nous combla de joie ».

La liaison avec Londres se faisait par radio. Aux heures prévues, quelqu’un était toujours à l’écoute pour capter les « messages personnels ». Pour indicatif, le maquis d’Ornano avait : « il pleurait comme une fontaine ».

Parfois des aviateurs alliés passaient au maquis, en route vers la frontière espagnole : ainsi Charlie, pilote, et Jimmy, sergent-chef mitrailleur, d’une forteresse volante américaine, abattue au-dessus du Bourget le 10 août 1943. Tous deux sont dirigés vers la ferme Noalhac (Marmiesse) au printemps 44. Ils y restèrent presque deux mois avant de regagner les îles britanniques, en passant par l’Espagne. En juin, Radio Londres émettait le message : « Jimmy et Charlie, les deux poulets sont bien arrivés », confirmant la réussite de leur évasion.

Le 7 mars 1944, message radio : « De Brigitte à Michel-Ange, 6 amis pleurèrent ce soir comme une fontaine ». 6 hommes sont donc attendus. A 23 h 45, après avoir effectué plusieurs passages au-dessus du terrain, un appareil Halifax, spécialisé dans le parachutage, largue d’abord les containers d’armes, puis prend de l’altitude et 3 corolles grises glissent bientôt vers le sol. Un deuxième Halifax qui amenait les trois autres parachutistes, attaqué sur les côtes de la Manche, avait dû rebrousser chemin.

Du 10 au 13 mars 1944, de nombreux messages sont captés pour la région :

« Le peuplier perd ses feuilles » ;

« Britannicus est mort » ;

« Le bourgeois n’est plus gentilhomme » ;

« Les bougies sont éteintes » ;

« Figaro chante » ;

« Donnez-moi la main, madame ».

Plusieurs alertes rendent le séjour à La Bouriette dangereux. C’est pourquoi une grotte est explorée, en bordure du plateau de Roy, pour y cacher les armes reçues et préparer un éventuel cantonnement.

Le 13 mars, le danger se précise. Les hommes sont regroupés à la ferme de Lautanel. Des renforts sont demandés aux maquis voisins Bir-Hakeim et Arnaud, qui prennent position au cours de la nuit. Ils passeront la journée du 14 à Ornano, avant de se retirer.

Les 16 et 17 mars, le maquis reçoit d’étranges messages qui ne correspondent pas exactement aux termes prévus : nouvelles inquiétudes.

Le lundi 20 mars, à midi, la B.B.C. transmet un message : « Il pleurait comme une fontaine. Un ami viendra ce soir». A 23 h 15, l’avion annoncé est là, fait ses 2 tours de reconnaissance, largue ses parachutes et s’éloigne. Le parachutiste, un officier français, est aussitôt amené au camp, tandis que les maquisards s’occupent activement à récupérer les lourds containers. Au fur et à mesure, les armes sont chargées sur le camion Delpech qui devait les transporter dans les fours à chaux de Saint-Antonin.

Mais, vers 3 h 30, ce mardi 21 mars 1944, alors que les maquisards continuent à récupérer les armes descendues du ciel, on entend des bruits de moteur insolites sur la route qui va de Saint-Antonin vers Montricoux.

Albert Tristchler (Bébert), un jeune Alsacien de vingt ans, originaire de Malsheim, de garde à La Caminade, a bien entendu des bruits de camion. D’abord il ne s’en étonne pas, croyant à des gazogènes transportant du bois. Puis, il perçoit des ordres en allemand. Il réalise immédiatement la situation : le maquis est attaqué. Aussitôt, il s’avance courageusement et tire une rafale de mitraillette sur les phares du premier camion, rafale qui résonne sur le causse et qui donne l’alerte sur le terrain de parachutage.

Les Allemands ripostent : Bébert, blessé, s’écroule. Fait prisonnier, il sera exécuté quelques heures plus tard.

Les agents du S.A.P. donnent alors l’ordre d’évacuer le terrain, tandis qu’il est impossible de faire démarrer le camion chargé d’armes. Le repli est vital face à un ennemi tellement plus nombreux et tellement mieux armé. Venues de Gaillac, les forces allemandes avaient formé deux colonnes, l’une passant par Saint-Antonin, l’autre descendant par Vaour et Penne, pour opérer une manœuvre d’encerclement des fermes occupées par le maquis d’Ornano. L’unité ennemie était surtout constituée d’éléments mongols avec un encadrement allemand.

Le regroupement des maquisards s’effectue à La Bouriette. En l’absence de Jacques, son second, Georges (Elie Molinier), prend le commandement.

L’officier français parachuté est dirigé sur le maquis Bir-Hakeim : il passera d’ailleurs de justesse à travers les mailles du filet de l’agresseur.

Mais tous ne croient pas encore à l’attaque et il faut les presser de jeter leurs sacs pour rejoindre rapidement, d’abord la ferme de Lautanel, avant de se disperser par groupes selon les consignes prévues.

Bernard Martel (Bertrand) se porte alors volontaire pour descendre le plateau par le chemin des Loups, camoufler les documents du maquis « au gouffre » et avertir le passeur de Couyrac, sur l’Aveyron, de se tenir prêt pour des passages rapides de la rivière.

Mais, entre temps, la maison du passeur avait été cernée par les Allemands, et le père, menottes aux mains, avait dû guider la colonne allemande par le chemin rocailleux qui grimpe vers le plateau, pour achever l’encerclement des maquisards. Le passeur fut ensuite mystérieusement libéré par ordre de l’officier allemand.

Bertrand dévalait la garrigue à grandes enjambées, se frayant un passage à travers les « garouilles ». les houx et les genévriers. Les pierrailles du causse dégringolaient sous ses pas en bruyants ricochets. Éternel volontaire aux rendez-vous de l’aventure, il revivait, en ce premier jour du printemps de ses 20 ans, la joie de ses camarades, hier, lorsque le message de Radio Londres avait été déchiffré.

Coïncidence ? Trahison ? Les Allemands avaient alors attaqué de tous côtés.

Les balles crépitaient, là-haut, du côté de La Bouriette, et il fallait se hâter. Il s’engagea dans le sentier bordé de buis qui conduisait à la maison du passeur aux tuiles rouges. Il frappe. Il appelle : « Monsieur Gaffié ! Gaffié ! ». Pas de réponse. Il ouvre la porte. Un uniforme S.S. Une rafale de mitraillette. Et Bébert de s’écrouler jusqu’au bas des marches, corps meurtri, ensanglanté, déchiré, « couché dessus le sol à la face de Dieu ».

Son corps, traîné dans les buis, y resta plusieurs jours, mutilé par les chiens. Découvert, enroulé dans un drap, il fut provisoirement enseveli au cimetière de Saint-Vergondin, près de Penne, avant d’être rendu à sa famille et définitivement inhumé à Montauban après la Libération.

Cependant, les 2 colonnes allemandes font jonction autour des cantonnements : lutte farouche, inégale, de plusieurs heures. La Bouriette fut probablement cernée avant Lautanel. A La Bouriette, 3 maquisards résistèrent héroïquement. Mais comment résister longtemps avec quelques mitraillettes à une attaque au mortier ? L’on retrouvera les trous du combat : les branches cassées par les projectiles, les éclats de grenade, les débris de tuile, les ruines incendiées, le sang et les corps : trois achèvent de se consumer dans le brasier : Henri Granier (Henri), Elie Labrousse (André), René Lartigue (Marius). Deux autres : André Rigobert (Olive), fait prisonnier sur la falaise, et Albert Tristchler (Bébert) blessé à La Caminade, seront fusillés contre le mur de la ferme, puis leurs corps jetés dans la citerne que les barbares feront ensuite sauter.

Les anciens combattants volontaires de la Résistance et ceux du maquis d’Ornano rassemblés à l’occasion de la commémoration de l’attaque du 21 mars 1943 au pied du monument érigé sur l’emplacement occupé par le maquis.

Commencé vers trois heures du matin à proximité du terrain de parachutage, le combat se poursuit sur le causse pour se terminer vers midi.

35 hommes environ purent fuir selon les plans prévus, et suivant un itinéraire établi, rejoindre divers points du département :

•    la région de Mouillac, où une base de repos les attendait chez l’institutrice Lucienne Baudet (Sim) ;

•    Saint-Amand, près de l’Honor-de-Cos, où s’installe le P.C. avec un groupe de combat ;

•    les autres groupes étant dispersés sur Montaigu-de-Quercy et Lauzerte.

Quant au parachuté de cette première nuit de printemps, il avait suivi un des hommes à Montauban : c’était l’adjoint à l’officier d’opérations de la région R5 (ouest du Massif Central).

Cet épisode sanglant marque la fin dramatique du maquis d’Ornano.

Les maquisards avaient-ils été imprudents dans leurs propos ? Les habitants de la région connaissaient leurs abris et leurs cantonnements. Avaient-ils été dénoncés ? Des soupçons se portèrent sur certains, qui quittèrent le pays pour toujours.

La maison du passeur et ses biens furent achetés par des Suisses. Le silence se fit lentement.

On reste aujourd’hui encore étonné du déploiement de forces aussi considérables, résolument engagées dans cette opération, du côté ennemi, comme si les renseignements reçus avaient persuadé le commandement allemand qu’il s’agissait là d’une position hautement redoutable à enlever et à anéantir.

Cinquante ans après, à proximité de La Bouriette et de Lautanel, se dresse toujours le monument du souvenir. Il rappelle les événements tragiques de 1944 et sollicite le recueillement pour les morts qui reposent là, combattants de l’ombre, combattants pour la liberté.

Saint-Antonin, le maquis F.T.P.F.

C’est en juillet 1943 que va se constituer le noyau du futur maquis. La direction interrégionale des Francs tireurs et partisans Français (F.T.P.F.), sur proposition d’André Delacourtie dit « Arthur » a pris cette décision pour étendre le champ d’action de l’organisation. Les premiers éléments en seront d’une part des résistants du Lot-et-Garonne dont Lucien Naulet et, d’autre part, des membres de la Phalange antinazie (P.A.N.) organisée à Montauban par Louis Sabatié.

Le choix du lieu est dicté par les conditions favorables à la clandestinité du groupe ; de surcroît à Saint-Antonin se trouve une organisation clandestine du P.C.F. qui est en mesure d’apporter son aide au ravitaillement.

Les premiers mois sont difficiles. Deux problèmes : d’abord la pénurie alimentaire malgré l’aide apportée par les militants locaux, ensuite l’insuffisance d’armement et de matériel, réduisant le groupe à une relative inactivité.

Devant cette situation sera décidée fin septembre 1943 une dispersion provisoire. Début 1944, le retour se fera dans le cadre d’un maquis F.T.P.-M.O.I (M.O.l : main-d’œuvre immigrée). Dès lors, les progrès sont rapides : 200 kg d’explosifs sont récupérés à la cimenterie de Lexos ; des aides extérieures dont celle de l’abbé Glasberg permettent d’obtenir des mitraillettes, des munitions et du plastic. Des mousquetons et des cartouches sont récupérés à la suite de coups de mains sur la gendarmerie.

A la fin du premier trimestre 1944, les effectifs s’accroissent. Le maquis d’abord appelé « Guy-Moquet » prend en février 1944 le nom de Louis-Sabatié (fusillé le 17 de ce mois par la milice à Toulouse). Une discipline stricte, des changements de lieux d’implantation assez fréquents (six en une année) lui assurent une sécurité relative en même temps que s’améliorent ses moyens de déplacement grâce à un camion et des voitures récupérés dans le secteur.

Après le débarquement du 6 juin, il occupe au lieu-dit « Vidal » un hameau en ruine et à la fin du mois de juillet, il s’installe sur l’autre rive de l’Aveyron dans une ferme abandonnée du roc d’Anglars jusqu’à la libération.

Ses premières actions sont essentiellement des sabotages répétés à l’explosif notamment d’une ligne à haute tension dans la région de Caylus puis, à partir de juin 1944, c’est le tour des voies ferrées, en particulier la ligne Toulouse-Paris sur plusieurs kilomètres entre Albias et Réalville, rendue inutilisable dès la fin juillet.

Dans la nuit du 12 au 13 juin, un détachement du maquis participe à l’attaque de la prison de Gaillac (Tarn) pour libérer une quarantaine de résistants menacés de déportation et du 14 au 18 juillet un de ses groupes est engagé à Carmaux pour appuyer la grève insurrectionnelle des mineurs.

Le 18 août, un détachement commandé par Lucien Naulet et Georges Estival, informé par des cheminots, attaque à la gare de La Ville-Dieu un train de l’organisation Todt et s’empare d’armes et de matériel, faisant 21 prisonniers. Au retour, surpris par une colonne allemande à Réalville, il devra se replier sous le feu nourri, perdant deux des siens : Jacques Rodriguez (17 ans) et Jacques Virazel (18 ans).

Le 20 août, chargé par l’état-major F.F.I. de harceler une colonne allemande en retraite, il l’attaque successivement à Chouastrac puis à La Salvetat-Belmontet.

Après la libération du Tarn-et-Garonne, le maquis sera le noyau constitutif du bataillon Louis-Sabatié sous les ordres du commandant Sylvère. Il participera aux combats pour la libération de la pointe de Grave.

Verdun-sur-Garonne, le maquis F.T.P.F. Emile-Igon
Origine :

Dès 1940, un groupe d’étudiants fait partie du P.A.N. de Louis Sabatié à Montauban et forment le groupe Franc à Verdun avec d’autres résistants. Ce groupe s’intégrera par la suite à « Libérer-Fédérer ». Deux responsables B.P. et G.D. vont tenter de rejoindre l’Angleterre en mars 1943. Belloc Cyrille prend la responsabilité du groupe et décide d’adhérer aux F.T.P. en prenant contact avec J. Clamens, responsable interrégional de « Défense paysanne ».

Implantation :

La reconnaissance des lieux permettant l’implantation future du maquis se fait en été 1943 avec un responsable régional et Belloc C. Au début 1944, un noyau de résistants verdunois est contraint de prendre le maquis ; c’est la naissance du maquis de Verdun, à Beaupuy, dans une ferme appartenant à M. Alexandre Clamens. Celle-ci, occupée par des réfugiés espagnols, s’avère peu sûre et le groupe se transporte au lieu-dit « Bourthoumeirous » à Bouillac dans une ferme en ruine. Ce groupe est bientôt rejoint par de nouveaux résistants et par des membres des Jeunesses communistes. Il prend dès lors le nom de Emile-Igon, jeune communiste verdunois mort en 1941 après avoir été torturé à Saint-Michel, au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe. Les 14 maquisards, sous la responsabilité de Belloc Cyrille (militaire), Jean Faure (technique) et Jean Laveron (effectifs), vont multiplier les coups de main contre l’occupant allemand et les collaborateurs : sabotages des voies et des moyens de communication, attaque d’un poste de guet de Vichy à Saint-Jean de Coquessac, de la gendarmerie de Beaumont avec récupération d’armes et d’uniformes, etc.

Libération :

Le 13 août 1944, après un accrochage entre Belloc, Laveron et les miliciens, le groupe est hébergé par la 10e compagnie A.S. de Beaumont. Le 15 août 1944, il se reforme à Beaupuy à « Peyro-Blanco ». Renforcé par d’autres maquisards, après avoir accueilli des évadés d’un train à Montbartier les maquisards vont libérer Verdun occupé par une compagnie allemande dans la nuit du 17 au 18 août 1944. Robert Vitoux sera abattu par les Allemands au cours de la nuit. Le 18 août les Allemands sont partis et les résistants aidés par la population de Verdun élèvent des barricades aux entrées de la ville. Les 19 et 20 août, un groupe de Verdunois prend part aux combats de « La Vitarelle ».

Dissolution :

Après la libération de Verdun, le maquis Emile-Igon occupe « Frescaty » et continue l’épuration et la remise en place des maires du canton révoqués par Vichy. Le maquis Émile-Igon rejoint le bataillon Louis-Sabatié au lycée Michelet à Montauban après le 24 août 1944. Les résistants, presque en totalité, s’engageront pour la durée des hostilités contre l’Allemagne en octobre 1944 et participeront aux combats de la pointe de Grave en avril 1945 (plusieurs blessés graves).

Verdunois à la pointe de Grave, 1944-1945

Les maquis
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